samedi 24 août 2013

Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman aux éditions du Seuil


Nour vit en Algérie. Pendant sa jeunesse, elle regarde les voitures passer à côté de chez elle et s'occupe des plus petits avec sa meilleure amie. En grandissant, elle fait la connaissance d'Hassan avec qui elle se marie et a une petite fille. Mais Hassan rêve de partir s'installer en France, il s'y rendra seul le temps de trouver du travail, un appartement et d'économiser de l'argent afin que sa famille vienne le rejoindre. Nour reste au pays et attend patiemment les visites de son mari. Celles ci se font de plus en rares et le jeune homme fait patienter Nour en lui promettant qu'elle viendra bientôt le rejoindre, il lui donne alors un double de la clé de son appartement de banlieue parisienne. Mais Hassan finit par ne plus revenir en Algérie et ne donne plus aucune nouvelle à la jeune femme. Inquiète et impatiente, Nour décide d'aller le retrouver, elle parvient à obtenir son adresse et part à sa recherche munie de la clé de l'appartement de Louveplaine. En arrivant sur place, elle découvre avec stupeur qu'Hassan était loin de lui dire la vérité, l'appartement dispose d'un matelas posé sur le sol et semble être un lieu de squat. Commence alors une longue quête au coeur de la cité pour retrouver l'homme qu'elle aime.

Sur fond de trafic de drogue et de combats de chiens, Cloé Korman nous emmène au cœur d'une cité de Seine-Saint-Denis. Tout y est décrit avec énormément de réalisme, un peu trop peut-être. Les dizaines de pages détaillant scrupuleusement les combats de chiens dans les caves d'un immeuble en destruction sont assez abominables et le message pouvait, de mon point de vue, être passé sans insister aussi lourdement. J'ai eu beaucoup de difficultés à finir ce roman que j'ai trouvé très lent et parfois ennuyeux à l'image de longues après-midi en banlieue où l'on attend que le temps passe en espérant qu'il se passe enfin quelque chose, malheureusement ça n'a pas été le cas d'autant plus que les personnages sont loin d'être attachants. En effet, ni Nour, ni les personnages secondaires ne m'ont inspiré beaucoup de sympathie. Une vraie déception.


vendredi 23 août 2013

Monde sans oiseaux de Karin Serres aux éditions Stock


"Petite Boîte d'Os" vit dans un monde où il est tout à fait naturel de se prénommer "Petite Boîte d'Os", où les oiseaux n'existent plus mais où les cochons sont fluorescents et nagent toujours plus nombreux dans le lac. Un monde où l'on laisse partir ses morts sous l'eau jusqu'à ce qu'ils forment une forêt de cercueils. "Petite Boîte d'Os", fille de pasteur, habite une maison qui roule, au bord d'un lac, un lieu calme et serein qu'elle n'envisage pour rien au monde de quitter d'autant plus qu'elle vient de rencontrer Joseph... 

  Monde sans oiseaux, l'univers que nous propose Karin Serres, se présente comme un conte qui laisse présager du pire. Pourtant, au milieu des drames de la vie et de la montée inexorable du lac, "Petite Boîte d'Os" et Joseph vivent un amour sans limite qui traverse les âges. Monde sans oiseaux, c'est un objet un peu étrange mais surtout rare, c'est de la poésie, du rêve et un peu de magie... 




 "Ma mère a des yeux bleu rivière gelée, de fins cheveux blond sévèrement tirés et de hautes pommettes au sang à fleur. Son corps massif se déplace sans bruit dans notre maison, elle glisse sur coussin d'air."

"Distraite, je plante l'aiguille dans mon doigt, le sang jaillit: un coquelicot dans un champ de neige. Je suce mon sang, méttalique et sucré, il sourd de plus belle. J'ouvre ma main dans le soleil: entre chaque doigt, la palmure dessine le tutu de soie de danseuses chauves dont l'une a la tête qui saigne, mitraillée."

jeudi 22 août 2013

La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson aux éditions Zulma


Quelques dizaines d'années plus tard, il est temps pour Bjarni Gislason de clamer une ultime fois son amour à Helga.
Eleveur de brebis et contrôleur cantonal des réserves de fourrage à la retraite, Bjarni a rencontré Helga lors d'un contrôle de sa ferme. Entre eux, c'est la passion mais Helga est marié à Hallgrimur, un dresseur de chevaux souvent absent et Bjarni vit avec Unnur sur qui il s'est juré de veiller jusqu'à la fin de ses jours.

A travers ce long monologue, Bergsveinn Birgisson nous entraîne au cœur d'une Islande tour à tour hostile et maternelle. Bjarni, fermier au premier abord rustre, est avant tout un homme touchant dont l'histoire nous émeut profondément. Roman pastoral et roman d'amour teinté d'érotisme, La Lettre à Helga est à la fois une ode à la nature et le récit du sacrifice d'un homme qui devra choisir entre remords et regrets...


mercredi 21 août 2013

Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik aux éditions Flammarion


Après s'être attardé sur les six derniers mois de la vie de Stefan Zweig, Laurent Seskik s'intéresse aujourd'hui à la face cachée d'Albert Einstein ou plus précisément à Eduard, son fils, dont peu de gens connaissaient l'existence. 
Interné au Burghölzli à l'âge de 20 ans suite à des accès de violence et d'importants troubles mentaux, Eduard entretient très peu de relations avec son père qui ne vient jamais le voir. En effet, Albert Einstein, alors séparé de sa première femme Mileva, instaure rapidement une distance avec son fils. Brillant dans de nombreux domaines, le grand homme se trouve pourtant démuni face à son rôle de père et délaisse complètement Eduard dont le ressentiment à l'égard de son géniteur ne fait que croître.

Laurent Seksik parvient avec aisance à nous plonger dans le quotidien du grand scientifique qu'était Albert Einstein et de sa famille. A travers les voix de Mileva, la mère aimante et dévouée, d'Eduard, le fils étouffé par la notoriété du père et enfin d'Einstein, l'homme de science, l'auteur nous montre à quel point l'individu peut montrer une personnalité tout à fait différente de la sphère publique à la sphère privée. Scientifique de génie, homme de tous les combats, Einstein aura pourtant toujours eu une faiblesse... son fils. 


samedi 3 août 2013

Le linguiste était presque parfait de David Carkeet aux éditions Monsieur Toussaint Louverture


Jeremy Cook, séduisant linguiste au sein de Wabash, un institut d'étude du langage des nourrissons, est bien perturbé. En effet, il vient d'entendre de la bouche de sa nouvelle et charmante collègue qu'on le traite de trou-du-cul au sein même de l'entreprise! Qui a osé? Cook se met en tête de démasquer l'ignoble individu qui s'est permis de lui faire cet affront. Mais ce n'est pas tout, à Wabash, un meurtre vient d'être commis et c'est dans le bureau de Cook que le corps a été découvert. Commence alors une minutieuse enquête où tout le monde devient suspect.

Paru en 1980 aux Etats-Unis et remarqué par la presse américaine, il aura fallu plus de trente ans pour que nous puissions à notre tour profiter de ce polar jubilatoire qu'est Le linguiste était presque parfait. A grand renfort de références linguistiques, David Carkeet met en scène une galerie de personnages déjantés dont les joutes verbales sont un délice. Souvent comparé à David Lodge ainsi qu'à Donald Westlake, David Carkeet est l'auteur à découvrir absolument cet été! Si c'est déjà chose faite, il ne vous reste plus qu'à attendre 2014 et la traduction annoncée par les éditions Monsieur Toussaint Louverture du reste de la trilogie Jeremy Cook.


mardi 2 juillet 2013

La petite Borde d'Emmanuelle Guattari aux éditions Mercure de France


Fille de Félix Guattari, psychanalyste et philosophe proche de Gilles Deleuze, Emmanuelle Guattari a vécu une enfance plutôt atypique au sein de la clinique de La Borde. Cet établissement psychiatrique fondé en 1953 par le Dr Jean Oury et basé sur les principes de la psychothérapie institutionnelle hébergeait à l'époque pensionnaires et soignants ainsi que leur famille.
La clinique de la Borde est un lieu de soin, un lieu où la relation patients et personnel n'est pas verticale mais horizontale. Chacun est amené à participer à la vie de l'établissement, à son organisation et à son fonctionnement. Aussi, il n'était pas rare, par exemple, qu'Emmanuelle ainsi que les autres enfants logés à La Borde soient emmenés à l'école par un pensionnaire. Mais l'enfance d'Emmanuelle Guattari, ce n'est pas seulement la vie au milieu des "fous" comme elle les appellent parfois au cours de son roman, c'est également des bêtises dans le parc du Château, des promenades dans la forêt, au bord des étangs, des chamailleries entre frère et sœur, des blagues entre copains. 
A travers une série de polaroid touchants et empreints de tendresse, Emmanuelle Guattari nous livre quelques flash de son enfance à La Borde, malgré tout on reste un peu sur sa faim avec cette légère impression de rester en surface.

Dans les paquets familiaux de yaourts aromatisés, il y avait toujours quatre yaourts au citron; c'était sûrement une tradition culinaire française, maintenue, selon moi, dans le sadisme de la statistique industrielle. Nous mangions librement tous les autres arômes, mais quand il ne restait plus que les yaourts au citron, mon père considérait qu'il restait encore des yaourts.

lundi 1 juillet 2013

La maladie de Sachs de Martin Winckler aux éditions Folio


Bruno Sachs s'installe comme médecin généraliste à Play, petit village de province. Dans son cabinet, il reçoit toutes sortes de patients, des malades les plus graves aux simples enrhumés mais également les esseulés et les angoissés car Sachs a un objectif: contribuer à diminuer la douleur des corps et des âmes en peine, allant jusqu'à sacrifier sa propre vie dans ce but.

Grâce à une forme narrative originale, ce sont les patients et l'entourage du médecin qui nous racontent leur histoire en s'adressant directement à lui, Martin Winckler déroule la vie d'un village de campagne. Si les premières pages du roman se présentent comme une accumulation de portraits, très rapidement l'histoire prend une nouvelle tournure grâce à la récurrence des différents narrateurs et à l'arrivée de chapitres où Sachs en personne nous explique ce qu'est pour lui la médecine et en quoi consiste le rôle du docteur. C'est une réflexion intéressante et empreinte d'humanisme sur la relation soignant-soigné que nous propose Martin Winckler, une lecture qui, à coup sûr, ne laisse pas indifférent!