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dimanche 1 septembre 2013

Trois grands fauves d'Hugo Boris aux éditions Belfond


Trois grandes figures historiques: Danton, Hugo et Churchill. Tous trois confrontés à la mort, celle de leurs proches, femme, enfants, celle des hommes partis à la guerre. Trois hommes au destin extraordinaire qui ont survécu à ceux qu'ils aimaient, tiraillés par le vide, la culpabilité mais dont la force de caractère et la rage d'exister les a emmenés toujours plus loin. Danton et sa femme, Hugo et sa fille, Churchill et son père sont autant de relations qui auront fait de ces hommes ce qu'ils ont été.

Hugo Boris traverse le temps et les époques grâce à ces trois personnages hors normes et à quelques petits clins d’œil les reliant les uns aux autres. Il balaye la vie de chacun d'entre eux en prenant soin d'éveiller notre curiosité sans s'attarder sur des détails rébarbatifs. Trois grands fauves pour trois chapitres nous expliquant comment défier la mort.


mercredi 28 août 2013

La Fabrique du monde de Sophie Van der Linden aux éditions Buchet-Chastel


Mei, 17 ans, a quitté sa campagne natale et sa famille pour travailler à l'usine de textile. La jeune fille vit au rythme des commandes, travaillant sans relâche sous les ordres d'un contremaître qui en demande toujours plus. Productivité, obéissance et abstraction de soi sont les maîtres-mots de sa nouvelle vie qu'elle partage avec une quinzaine d'autres filles. Dans le dortoir, elles rêvent à leur avenir, pensent à leur famille et attendent avec impatience la fin de l'année lorsqu'elles pourront enfin rentrer deux jours chez elles. Le moment approche mais Mei se voit amputé de son salaire suite à une réflexion faite au contremaître. Elle ne pourra pas retrouver sa famille cette année et reste à l'usine seule, enfin presque...

La Fabrique du monde dépeint ces usines chinoises où des jeunes filles sont exploitées et travaillent dans des conditions terrifiantes pour subvenir aux besoins de leur famille. Mais le roman de Sophie Van der Linden est également l'histoire des rêves de Mei, d'une individualité au sein de la masse, de la découverte de l'amour. Faudra t-il que la jeune fille se résigne ou rêve et réalité peuvent-ils parvenir à s'accorder au sein du monde ouvrier chinois ? 
Un roman poétique et brutal.


lundi 26 août 2013

L'échange des princesses de Chantal Thomas aux éditions Seuil


1721, Louis XV est âgé de 11 ans, il ne deviendra roi de France que deux ans plus tard lorsqu'il atteindra sa majorité. En attendant que le garçon prenne les rennes du pouvoir, c'est à Philippe d'Orléans que revient la Régence du pays. Ce dernier afin d'asseoir sa position et de mettre un terme aux conflits entre la France et l'Espagne met en place un plan de grande envergure, un échange de princesses. Il propose de marier le jeune Louis XV à Anna Maria Victoria, l'infante d'Espagne alors âgée de 4 ans et d'envoyer l'une de ses propres filles, Louise Elisabeth/Mlle de Montpensier, à la cour d'Espagne pour épouser Louis, prince des Asturies, futur roi d'Espagne. Si tout semble, dans un premier temps, se dérouler comme convenu, rapidement les enjeux de pouvoir, les jalousies et les manigances refont surface...

Après Les Adieux à la reine et la cour de Louis XVI, Chantal Thomas nous ramène quelques années auparavant auprès du jeune Louis XV mais plus particulièrement auprès de Louise Elisabeth d'Orléans et de l'infante d'Espagne Anna Maria Victoria. L'auteur s'attache à évoquer des détails méconnus de l'histoire, d'un point de vue plutôt original, celui de deux jeunes filles, l'une de 12 ans et l'autre de 4 ans. Bien que romancée, l'histoire est très documentée et s'appuie sur des lettres et des extraits de presse authentiques. Présenté comme un roman, L'échange des princesses est à la fois instructif et divertissant, nous apprenant une multitude de détails sur cet épisode assez sombre des relation franco-espagnoles. A découvrir sans plus attendre!


dimanche 25 août 2013

Lucia Antonia, funambule de Daniel Morvan aux éditions Zulma


Suite à la mort d'Arthénice, sa partenaire funambule, Lucia Antonia est bannie du cirque familial fondé par son arrière grand-père Alcibiade. Elle décide de poser ses affaires pour quelques temps dans un village de bord de mer au milieu des salines. Elle y rencontre Eugénie et Astrée, mère et fille, un artiste peintre et un garçon voilier qui l'aideront à faire le deuil de l'être aimé. Pendant cette période, elle consigne dans de petits carnets des fragments de sa vie:

"Lorsque je suis sur le fil je ne pense pas à elle.
Je ne suis heureuse que sur le fil.
Je ne suis heureuse que pensant à elle."

"Encore ensommeillée, je marche en rompant les fils d'argent tissés dans la nuit. L'eau de la saline me reflète à l'envers comme un miroir à plat."

"J'appartiens au ciel et à la terre, comme un chien attaché à deux laisses. Le seul lien qui ne m'étrangle pas est un fil d'acier de quatorze millimètres."





Entre douce rêverie et souvenirs poétiques, les carnets de Lucia Antonia nous plongent dans l'univers onirique du cirque, des acrobates et des funambules. Sous la forme d'une succession de petites notes, la magie opère. Entre ciel et terre, la voix mélodieuse de Lucia Antonia ressuscite son amour Arthénice et nous fait osciller entre mélancolie et émerveillement.


samedi 24 août 2013

Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman aux éditions du Seuil


Nour vit en Algérie. Pendant sa jeunesse, elle regarde les voitures passer à côté de chez elle et s'occupe des plus petits avec sa meilleure amie. En grandissant, elle fait la connaissance d'Hassan avec qui elle se marie et a une petite fille. Mais Hassan rêve de partir s'installer en France, il s'y rendra seul le temps de trouver du travail, un appartement et d'économiser de l'argent afin que sa famille vienne le rejoindre. Nour reste au pays et attend patiemment les visites de son mari. Celles ci se font de plus en rares et le jeune homme fait patienter Nour en lui promettant qu'elle viendra bientôt le rejoindre, il lui donne alors un double de la clé de son appartement de banlieue parisienne. Mais Hassan finit par ne plus revenir en Algérie et ne donne plus aucune nouvelle à la jeune femme. Inquiète et impatiente, Nour décide d'aller le retrouver, elle parvient à obtenir son adresse et part à sa recherche munie de la clé de l'appartement de Louveplaine. En arrivant sur place, elle découvre avec stupeur qu'Hassan était loin de lui dire la vérité, l'appartement dispose d'un matelas posé sur le sol et semble être un lieu de squat. Commence alors une longue quête au coeur de la cité pour retrouver l'homme qu'elle aime.

Sur fond de trafic de drogue et de combats de chiens, Cloé Korman nous emmène au cœur d'une cité de Seine-Saint-Denis. Tout y est décrit avec énormément de réalisme, un peu trop peut-être. Les dizaines de pages détaillant scrupuleusement les combats de chiens dans les caves d'un immeuble en destruction sont assez abominables et le message pouvait, de mon point de vue, être passé sans insister aussi lourdement. J'ai eu beaucoup de difficultés à finir ce roman que j'ai trouvé très lent et parfois ennuyeux à l'image de longues après-midi en banlieue où l'on attend que le temps passe en espérant qu'il se passe enfin quelque chose, malheureusement ça n'a pas été le cas d'autant plus que les personnages sont loin d'être attachants. En effet, ni Nour, ni les personnages secondaires ne m'ont inspiré beaucoup de sympathie. Une vraie déception.


vendredi 23 août 2013

Monde sans oiseaux de Karin Serres aux éditions Stock


"Petite Boîte d'Os" vit dans un monde où il est tout à fait naturel de se prénommer "Petite Boîte d'Os", où les oiseaux n'existent plus mais où les cochons sont fluorescents et nagent toujours plus nombreux dans le lac. Un monde où l'on laisse partir ses morts sous l'eau jusqu'à ce qu'ils forment une forêt de cercueils. "Petite Boîte d'Os", fille de pasteur, habite une maison qui roule, au bord d'un lac, un lieu calme et serein qu'elle n'envisage pour rien au monde de quitter d'autant plus qu'elle vient de rencontrer Joseph... 

  Monde sans oiseaux, l'univers que nous propose Karin Serres, se présente comme un conte qui laisse présager du pire. Pourtant, au milieu des drames de la vie et de la montée inexorable du lac, "Petite Boîte d'Os" et Joseph vivent un amour sans limite qui traverse les âges. Monde sans oiseaux, c'est un objet un peu étrange mais surtout rare, c'est de la poésie, du rêve et un peu de magie... 




 "Ma mère a des yeux bleu rivière gelée, de fins cheveux blond sévèrement tirés et de hautes pommettes au sang à fleur. Son corps massif se déplace sans bruit dans notre maison, elle glisse sur coussin d'air."

"Distraite, je plante l'aiguille dans mon doigt, le sang jaillit: un coquelicot dans un champ de neige. Je suce mon sang, méttalique et sucré, il sourd de plus belle. J'ouvre ma main dans le soleil: entre chaque doigt, la palmure dessine le tutu de soie de danseuses chauves dont l'une a la tête qui saigne, mitraillée."

mercredi 21 août 2013

Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik aux éditions Flammarion


Après s'être attardé sur les six derniers mois de la vie de Stefan Zweig, Laurent Seskik s'intéresse aujourd'hui à la face cachée d'Albert Einstein ou plus précisément à Eduard, son fils, dont peu de gens connaissaient l'existence. 
Interné au Burghölzli à l'âge de 20 ans suite à des accès de violence et d'importants troubles mentaux, Eduard entretient très peu de relations avec son père qui ne vient jamais le voir. En effet, Albert Einstein, alors séparé de sa première femme Mileva, instaure rapidement une distance avec son fils. Brillant dans de nombreux domaines, le grand homme se trouve pourtant démuni face à son rôle de père et délaisse complètement Eduard dont le ressentiment à l'égard de son géniteur ne fait que croître.

Laurent Seksik parvient avec aisance à nous plonger dans le quotidien du grand scientifique qu'était Albert Einstein et de sa famille. A travers les voix de Mileva, la mère aimante et dévouée, d'Eduard, le fils étouffé par la notoriété du père et enfin d'Einstein, l'homme de science, l'auteur nous montre à quel point l'individu peut montrer une personnalité tout à fait différente de la sphère publique à la sphère privée. Scientifique de génie, homme de tous les combats, Einstein aura pourtant toujours eu une faiblesse... son fils. 


mardi 2 juillet 2013

La petite Borde d'Emmanuelle Guattari aux éditions Mercure de France


Fille de Félix Guattari, psychanalyste et philosophe proche de Gilles Deleuze, Emmanuelle Guattari a vécu une enfance plutôt atypique au sein de la clinique de La Borde. Cet établissement psychiatrique fondé en 1953 par le Dr Jean Oury et basé sur les principes de la psychothérapie institutionnelle hébergeait à l'époque pensionnaires et soignants ainsi que leur famille.
La clinique de la Borde est un lieu de soin, un lieu où la relation patients et personnel n'est pas verticale mais horizontale. Chacun est amené à participer à la vie de l'établissement, à son organisation et à son fonctionnement. Aussi, il n'était pas rare, par exemple, qu'Emmanuelle ainsi que les autres enfants logés à La Borde soient emmenés à l'école par un pensionnaire. Mais l'enfance d'Emmanuelle Guattari, ce n'est pas seulement la vie au milieu des "fous" comme elle les appellent parfois au cours de son roman, c'est également des bêtises dans le parc du Château, des promenades dans la forêt, au bord des étangs, des chamailleries entre frère et sœur, des blagues entre copains. 
A travers une série de polaroid touchants et empreints de tendresse, Emmanuelle Guattari nous livre quelques flash de son enfance à La Borde, malgré tout on reste un peu sur sa faim avec cette légère impression de rester en surface.

Dans les paquets familiaux de yaourts aromatisés, il y avait toujours quatre yaourts au citron; c'était sûrement une tradition culinaire française, maintenue, selon moi, dans le sadisme de la statistique industrielle. Nous mangions librement tous les autres arômes, mais quand il ne restait plus que les yaourts au citron, mon père considérait qu'il restait encore des yaourts.

lundi 1 juillet 2013

La maladie de Sachs de Martin Winckler aux éditions Folio


Bruno Sachs s'installe comme médecin généraliste à Play, petit village de province. Dans son cabinet, il reçoit toutes sortes de patients, des malades les plus graves aux simples enrhumés mais également les esseulés et les angoissés car Sachs a un objectif: contribuer à diminuer la douleur des corps et des âmes en peine, allant jusqu'à sacrifier sa propre vie dans ce but.

Grâce à une forme narrative originale, ce sont les patients et l'entourage du médecin qui nous racontent leur histoire en s'adressant directement à lui, Martin Winckler déroule la vie d'un village de campagne. Si les premières pages du roman se présentent comme une accumulation de portraits, très rapidement l'histoire prend une nouvelle tournure grâce à la récurrence des différents narrateurs et à l'arrivée de chapitres où Sachs en personne nous explique ce qu'est pour lui la médecine et en quoi consiste le rôle du docteur. C'est une réflexion intéressante et empreinte d'humanisme sur la relation soignant-soigné que nous propose Martin Winckler, une lecture qui, à coup sûr, ne laisse pas indifférent!                                                                                                                                                                                                                      

samedi 11 mai 2013

Nos gloires secrètes de Tonino Benacquista aux éditions Gallimard


Douze ans après Tout à l'égo (La boîte noire et autres nouvelles), Tonino Benacquista nous revient avec un nouveau recueil de nouvelles.

L'auteur s'intéresse au cours de ces six histoires à la part d'ombre de ses personnages. Si en apparence, ces derniers semblent être des individus ordinaires à la vie quotidienne assez banale, en réalité, il n'en est rien. Chacun d'entre eux possède "sa gloire secrète", qu'il s'agisse du meurtrier de la rue des Cascades, du vieux parfumeur enfermé dans son appartement ou encore de l'enfant mutique de Patience d'ange, chacun possède une vie intérieure plus complexe qu'il n'y paraît.

Une réflexion intéressante sur ce que nous donnons à voir et ce que nous sommes réellement. Tout en humour et en tendresse, Tonino Benacquista nous embarque dans six voyages dont l'issue se révèle souvent inattendue!

vendredi 12 avril 2013

Noces de neige de Gaëlle Josse aux éditions Autrement


1881, Nice. Anna Alexandrovna, une jeune aristocrate russe, embarque avec sa famille à bord du train qui la ramènera chez elle à Saint-Pétersbourg. Impatiente de retrouver la maison familiale, le trajet lui semble morne et bien long jusqu'à ce moment tragique...

2012, Moscou. Irina monte à bord du Riviera Express pour rejoindre Nice mais surtout Enzo, rencontré sur un site de rencontre. Elle espère beaucoup de l'avenir avec ce jeune homme, elle aspire à une vie plus douce qu'en Russie où sa situation est très précaire et où les hommes passent leurs journées à boire de la vodka.



Gaëlle Josse nous entraîne à la découverte de deux destins qui vont se croiser à plus d'un siècle d'intervalle. Mais que l'on soit à la fin du 19e siècle ou au début du 21e se sont les mêmes interrogations, les mêmes angoisses qui animent ces deux héroïnes que tout oppose. Lorsqu'il est question du lien filial et de la recherche de l'amour, il semble que l'époque et le lieu aient peu d'importance... 

Après Les heures silencieuses et Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse continue à nous séduire par l'élégance et la finesse de sa prose. Mais elle parvient également à nous surprendre avec des rebondissements auxquels on ne s'attendait pas, un petit peu trop peut-être, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous dévoiler les dernières pages de Noces de neige. Maintenant il ne vous reste plus qu'à le lire!


jeudi 4 avril 2013

Le livre dont je ne parlerai pas #3



Parce que trop, c'est trop, parce que ça m'a paru parfois invraisemblable, parce que j'ai eu l'impression d'être au boulot!

Ce que savait jennie de Gérard Mordillat aux éditions Calmann-lévy.


mardi 8 janvier 2013

14 de Jean Echenoz aux Editions de Minuit



Alors qu'il est parti en promenade sur son vélo, Anthime entend le son du tocsin annoncer le rassemblement sur la place du village et le début de la guerre. Il rejoint aussitôt Bossis, Padioleau, Arcenel et Charles qui deviendront ses compagnons d'arme. Tous s’apprêtent à partir rejoindre le front sous le regard de Blanche, une jeune femme qui semble particulièrement attirer l'attention d'Anthime mais également de Charles. 

Première lecture de 2013 et premier coup de coeur, on peut dire que l'année commence bien! Je vous concède que je ne prenais pas beaucoup de risques en débutant l'année 2013 avec le nouveau roman d'Echenoz, une valeur sûre. Même en abordant un sujet difficile comme la guerre, l'auteur parvient à jouer avec les mots et à imposer une mélodie et une rythmique qui ravît nos oreilles. 14, c'est l'histoire dans l'Histoire, celle de cinq hommes plus ou moins courageux, plus ou moins chanceux, qui partent vers le front et celle d'une femme restée au village pour les attendre. Et alors que Blanche prend son mal en patience, nous nous impatientons car nous ne sommes pas dupes et nous savons le sort que réserve la guerre. 





mercredi 28 novembre 2012

Le livre dont je ne vous parlerai pas #1


Métamorphoses de François Vallejo aux éditions Viviane Hamy

Parce que franchement, je ne sais pas quoi en dire et ça, c'est dit!



lundi 8 octobre 2012

Les Lisières d'Olivier Adam aux éditions Flammarion




Paul Steiner, écrivain de son état, a été plaqué par sa femme dont il est encore amoureux. Il souffre de la séparation, ses enfants lui manquent et son frère lui intime l'ordre d'aller s'occuper de ses vieux parents malades. Traînant les pieds, il finit par quitter la Bretagne pour rejoindre l'Essonne où il a passé sa jeunesse.

A la manière d'un pèlerinage, Paul Steiner retrouve tour à tour ces gens qu'il a côtoyé à l'époque... Aujourd'hui, bien sûr, il n'a plus aucun point commun avec eux puisque visiblement  vivre aux lisières, ça abîme! Tous ces pauvres gens à l'existence bien morne, en galère, abrutis devant leur télévision... Amis de banlieue, bien le bonjour chez vous! D'un autre côté, grâce à quelques petits détours dans l'ancienne vie parisienne de Steiner, nous apprenons qu'il ne fait pas non plus bon vivre au milieu des petits snobinards qui ont colonisé la capitale. Aouchhh! Pauvre petit Paul Steiner qui ne sait plus où il habite, perdu entre deux mondes auxquels il n'appartient pas. On aurait presque envie de le plaindre... Presque.



vendredi 21 septembre 2012

Libellules de Joël Egloff aux éditions Buchet Chastel




Joël Egloff nous propose 25 courts textes qui parlent de tout et de rien, d'hommes et de femmes qui nous entourent, d'enfants qui se questionnent, d'objets qui prennent vie, disparaissent. Tout en finesse et simplicité, l'auteur raconte de brefs instants de vie emprunts de joie, de mélancolie mais également de tristesse. Une mention spéciale pour le texte intitulé Conte de Noël dont voici un petit extrait:

Peu importe l'heure à laquelle il arrive chez lui, il n'est pas attendu. On s'en serait douté, Casimir Lentz vit seul, c'est ainsi. Je ne sais pas pourquoi, mais le contraire eût été surprenant, et j'aurais eu bien du mal à expliquer qu'il habitait une grande maison, se hâtait d'aller retrouver son épouse, ses enfants et ses chiens. J'aurais eu bien bien du mal à décrire la fête que lui auraient fait à son retour ses trois têtes blondes, ses deux lévriers afghans. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est simplement que les choses sont souvent d'une cohérence affligeante.

Libellules est un recueil de textes très touchant que l'on prend plaisir à parcourir et que l'on peut conseiller sans difficultés à un large public. Moi qui suis d'habitude assez réfractaire aux nouvelles, j'ai vraiment apprécié ces textes d'une belle simplicité. A découvrir!

jeudi 30 août 2012

Avant la chute de Fabrice Humbert aux éditions Le Passage





Lorsque leur père est assassiné par une milice pour avoir cultivé de la coca, Sonia et Norma, poussées par leur mère, décident de fuir la Colombie pour rejoindre les Etats-Unis. Le rêve américain en tête, les voilà sur la route de tous les dangers, celle de jeunes filles migrantes livrées à elles-même face à l'horreur des hommes.
Au Mexique, Fernando Urribal, sénateur, se retrouve dans une position bien peu confortable. Sa ville, Ciudad Juarez, connaît depuis quelques années une recrudescence de crimes et de trafics. Les cartels y font la loi et l'homme risque de payer pour ses choix politiques un peu douteux.
En France, Naadir vit dans une cité avec sa famille. Premier de sa classe, passionné de littérature, le garçon est en décalage avec les jeunes de son âge. Chez lui, brutalisé par l'un de ses frères et admiratif de l'autre, il observe la vie de la cité qui défile et sent qu'un danger les guettent.

On avait déjà compris grâce au titre que Fabrice Humbert allait nous entraîner dans une descente aux enfers violente et sans merci et bien ça se confirme en lisant ce roman. L'auteur passe d'un personnage et d'un pays à un autre et installe une atmosphère pesante qui n'inspire rien de bon pour la suite... Dès le départ, Fabrice Humbert nous expose la situation des différents personnages et leurs craintes, fondées, en l'avenir. On attend le moment où tout va basculer et sombrer définitivement, le moment où le destin réunira dans des circonstances tragiques les différents protagonistes de cette histoire. Avant la chute est un roman d'une grande force mais également d'une grande dureté, un roman qui remue les entrailles et qui donne envie de découvrir un peu plus le travail de Fabrice Humbert. 


mardi 28 août 2012

Chaux vive de Xavier Patier aux éditions La Table Ronde




Pascal, jeune étudiant en archéologie, a quitté le cocon familial pour s'installer à Bordeaux. Assidu en cours, le jeune homme regagne rapidement ses quartiers tous les soirs pour assister à la messe donnée dans sa petite église de rive droite. Habitué depuis tout petit à vivre simplement, Pascal se satisfait de peu, une chambre  sordide dans un quartier peu réputé, quelques bols de soupe en poudre et surtout la perspective de retourner   chez lui tous les week-end. Un soir, alors qu'il s'apprête à rentrer chez lui, il est accosté par Aubin, un homme de dix ans son aîné qui suit des cours dans la même faculté. Tous deux n'ont rien en commun, Aubin est volubile et charismatique, il mène une vie bourgeoise dans les quartiers huppés de Bordeaux, il est également un mari et un père. Très vite, il va prendre l'ascendant sur Pascal, l'entraîner avec lui dans toutes ses sorties et ses affaires douteuses.

Xavier Patier s'inspire d'une affaire criminelle dont nous avons tous entendu parler récemment mais dont je tairai le nom pour ménager un peu de suspense à cette histoire somme toute assez fadasse. Au-delà de cet évènement sordide dans lequel l'auteur puise des éléments pour construire son histoire, les thèmes qui sont abordés dans ce roman pourraient être assez intéressants. On y retrouve une question essentielle, celle des classes sociales: comment s'adapte t-on à à la rencontre d'une classe sociale différente de la nôtre? Dans quelle mesure est-il possible d'en changer? Quels enjeux se mettent en place? Et c'est tout naturellement que vient se juxtaposer la notion d'emprise ou de soumission à l'autre. Vous me direz, tout cela est passionnant et cela pourrait l'être effectivement. Malheureusement, Chaux vive manque peut-être un peu de subtilité entre son naïf-petit provincial-catholique-fils de fermiers-pauvre et son bourgeois-décadent-riche... Un peu plus de nuances n'aurait pas été pour me déplaire.

dimanche 26 août 2012

Le bonheur conjugal de Tahar Ben Jelloun aux éditions Gallimard




En 2000, à Casablanca, un homme victime d'un AVC est alité dans une chambre. Dépendant des autres pour le moindre geste, il est aidé dans son quotidien de deux hommes qu'il surnomme les jumeaux. Confronté  à l'immobilité, il se replonge dans ses souvenirs. Nous voilà en 1986 à Paris, l'homme a une trentaine d'années, il est peintre. Jusqu'alors, il se consacrait essentiellement à son travail et profitait de son charisme pour aligner les conquêtes. Mais cette année là, il rencontre sa future femme, une jeune fille de 10 ans sa cadette. Très rapidement, le couple s'installe dans une petite maison parisienne et vit ses deux plus belles années. Deux enfants et quelques années plus tard, leur relation se dégrade considérablement et c'est une longue descente aux enfers qui commence...

Reposant sur deux parties, le roman de Tahar Ben Jelloun  nous offre deux points de vue opposés sur l'histoire d'un couple. L'auteur s'attache, dans un premier temps à nous présenter ce mariage du côté du mari.  Au gré des souvenirs du peintre, nous revenons sur les évènements qu'il considère comme majeurs dans leur histoire mais également sur des détails insignifiants du quotidien. Puis, c'est au tour de la femme de proposer sa version des faits.  Et si quelques éléments semblent coïncider, nous nous retrouvons, la majeure partie du temps, face à deux interprétations contradictoires. On ne peut s'empêcher de prendre parti pour l'un, de s'enflammer contre l'autre mais l'auteur nous rattrape, nous bouscule, nous fait douter. 

Le bonheur conjugal est mon premier coup de coeur de cette rentrée littéraire 2012 (Pour la peine, je vais ressortir ma petite tortue de l'année dernière). Tout y est: la fluidité de l'écriture, l'intelligence de la construction du roman, la simplicité mais la profondeur du sujet traité, évitant la facilité et le manichéisme.  Alors sans hésiter, jetez-vous dessus pour éviter les déceptions liées à la profusion de romans qui va nous arriver au cours des deux prochains mois et profitez-en!





jeudi 23 août 2012

Le vase où meurt cette verveine de Frédérique Martin aux éditions Belfond




Mariés depuis plus de 50 ans et amoureux comme au premier jour, Zika et Joseph vont devoir être séparés. Pour eux qui n'ont jamais vécu l'un sans l'autre depuis leur rencontre, le monde va s'effondrer. Zika, qui a des problèmes de coeur, doit être prise en charge à proximité d'un hôpital, c'est leur fille Isabelle qui l'accueille chez elle à Paris. Alors que de son côté, Joseph va vivre chez leur fils Gauthier à Montfort. Aucun des deux enfants ne s'estime en mesure de prendre en charge le couple et les amoureux s'installent chacun de leur côté.  Joseph et Zika commencent à s'écrire, se racontent leur quotidien et voient le temps qui passe et qui ne les réunit pas. Ils découvrent leurs enfants tels qu'ils ne les connaissaient pas et voient leurs relations se dégrader jusqu'au jour où...

Avec son titre énigmatique et empreint d'une certaine langueur, on se demande de quoi va bien pouvoir nous parler ce roman. Le vase où meurt cette verveine est tout d'abord un roman d'amour, celui d'un couple qui, malgré les épreuves, est toujours plus uni. Frédérique Martin nous en parle avec beaucoup de tendresse et d'émotion. Mais c'est également le roman d'un désastre, celui que la vie et les relations humaines ont engendré. Le vase où meurt cette verveine est un grand choc, à la fois doux et violent, parfois même extrêmement brutal. On est ému par Zika et Joseph, on se bat à leurs côtés, on pleure avec eux, on souffre, sans imaginer à un seul moment dans quel état toute cette histoire va nous plonger. Un coup de coeur pour cette découverte faite dans le cadre de l'opération On vous lit tout organisée par Libfly et le Furet du Nord.